MUSSOLINI (B.)


MUSSOLINI (B.)
MUSSOLINI (B.)

Premier en date des dictateurs européens de l’entre-deux-guerres, Mussolini, socialiste converti au totalitarisme autoritaire, entend achever le Risorgimento et façonner une Italie nouvelle. Produit d’un «accident de l’histoire», selon les uns, conséquence logique des faiblesses de la monarchie bourgeoise, selon les autres, le fascisme est fondé sur le mépris des hommes, l’antiparlementarisme, l’exaltation de la violence, le nationalisme et le culte de la personnalité. Mussolini, tribun autodidacte, cherche sa voie et s’adapte, jaloux de son pouvoir. Après les succès de la première décennie (1926-1936), le Duce est entraîné vers la guerre contre les démocraties, dans le sillage de l’Allemagne nazie. Le fascisme, de plus en plus germanisé et subordonné à Hitler, s’effondre dans la défaite militaire, malgré une ultime tentative de revenir à ses origines populaires et révolutionnaires.

Porté au pouvoir par la violence, Mussolini périt de mort violente et ignominieuse, dans les journées dramatiques de la Libération.

Le révolutionnaire devenu fasciste (1883-1925)

Né à Dovia di Predappio, Benito Amilcare Andrea Mussolini est fils de l’ardente terre romagnole, de tradition révolutionnaire. Son père Arnaldo, forgeron, est un militant socialiste; sa mère, Rosa Maltoni, est institutrice. Enfant turbulent, il obtient un diplôme d’instituteur (1901). Réfractaire au service militaire, il s’exile en Suisse où il exerce des métiers divers, dirige des syndicats et fréquente le monde cosmopolite des réfugiés politiques. Rentré au pays, il mène, de 1904 à 1909, une vie errante: enseignant à Tolmezzo et à Oneglia, journaliste socialiste à Trente, d’où la police autrichienne l’expulse. Établi à Forli (1909-1912), il se met en ménage avec Rachele Guidi, qu’il n’épouse qu’en 1925 et qui lui donnera cinq enfants. Au cours de ces années d’apprentissage, il se donne une culture d’autodidacte, accumulant les lectures, et découvrant Georges Sorel, théoricien de la violence. Socialiste anticlérical et antimilitariste, il connaît la prison. À la fin de 1912, il est appelé à Milan pour diriger le quotidien socialiste Avanti! Il est, jusqu’en 1914, le leader de la tendance intransigeante du parti, anticolonialiste et opposé à toute compromission avec le gouvernement bourgeois. Lorsque la guerre éclate, il est d’abord neutraliste puis, assoiffé d’action et d’ambition personnelle, il se rallie à l’intervention. Expulsé du parti socialiste, il fonde Il Popolo d’Italia , avec l’aide financière des milieux intéressés à l’entrée en guerre de l’Italie dans le camp allié (nov. 1914). Mobilisé à la fin d’août 1915, soldat discipliné, il est blessé en 1917, et reprend son poste au Popolo d’Italia.

En 1919, passablement oublié, il fonde, à Milan, les Faisceaux italiens de combat, l’une des nombreuses organisations nationalistes qui exploitent, chez les anciens combattants, les difficultés de l’après-guerre et les désillusions apportées par les traités de paix. Le mouvement empruntera son vocabulaire et son style à Gabriele D’Annunzio, le principal leader des nationalistes. Après son échec aux élections de juin 1919, le fascisme opte pour l’action illégale et subversive, se posant en champion de l’ordre contre le bolchevisme. Il bénéficie de complicités croissantes dans l’administration et la police et du soutien financier des gros industriels. Enhardis par les divisions au sein de la majorité socialiste-catholique populaire, les groupes locaux des Chemises noires multiplient les actions terroristes contre les organisations et les syndicats de gauche. Mussolini songe alors à s’emparer du pouvoir. Il transforme les Faisceaux en Parti national fasciste (11 nov. 1921), crée des syndicats et exploite la faiblesse du gouvernement légal.

Les adhérents sont 320 000 à la fin de 1921 et 720 000 au printemps de 1922. Les fascistes brisent la grande grève d’août 1922 et organisent la «marche sur Rome» (27 oct. 1922). Le roi Victor-Emmanuel III entérine le coup de force et charge Mussolini de former un gouvernement. Mussolini manœuvre habilement, mêlant l’intimidation et les attitudes rassurantes. Il surmonte la crise née de l’assassinat du leader socialiste Giacomo Matteotti et, après le retrait des parlementaires opposants (27 juin 1924), fort d’une majorité docile élue grâce à une loi conçue pour éliminer les adversaires, met fin au régime parlementaire instauré par le Statut de 1848. Les opposants sont traqués, les lois et l’administration «fascisées». Le 24 décembre 1925, le président du Parti fasciste devient chef du gouvernement. Cumulant plusieurs portefeuilles, nommant et révoquant ses collaborateurs au gré des «relèves de la garde», il gouverne désormais en maître absolu.

Le Duce (1926-1945)

Personnalité complexe, autoritaire et défiant, sensuel et égoïste, méprisant les hommes, apologiste de la violence et timoré, Mussolini est un homme seul qui aime l’ovation des foules, magnétisées par son éloquence imagée et brutale. À partir de 1932, il organise, autour de sa personne, un culte systématique. Avec le temps et l’imitation croissante du nazisme, le Duce, dont la santé déficiente se dissimule derrière le masque césarien, s’abandonne à la mégalomanie et à l’exhibitionnisme militariste. De 1926 à 1936, le régime, que les nationalistes et le philosophe Giovanni Gentile ont pourvu d’une doctrine, enregistre des succès. Incroyant mais superstitieux, Mussolini, par les accords du Latran, réconcilie, en 1929, la papauté et l’État italien, ce qui lui vaut un énorme prestige dans le monde catholique. Après un essai de rapprochement avec les démocraties (1933-1935), les sanctions édictées à la suite de l’attaque contre l’Éthiopie (1936) mettent fin à la «politique de Stresa». La victoire sur le Négus marque l’apogée du fascisme, qui se rapproche de plus en plus étroitement du régime hitlérien et des autres dictatures. Mussolini promulgue des lois racistes et persécute les juifs, soutient Franco en Espagne, annexe l’Albanie (1939). Après une période de non-belligérance, il entre en guerre aux côtés de l’Allemagne, le 10 juin 1940.

Traité par Hitler en partenaire subordonné, le Duce essuie des revers dans la guerre maritime et en Libye. Après le débarquement allié en Sicile (9 juill. 1943), le mécontentement des masses suscite la «révolte des hiérarques», qui le désavouent dans une séance du Grand Conseil fasciste (25 juill. 1943). Destitué par le roi et arrêté, il est libéré par les Allemands. Il organise, sous leur protection, en Italie du Nord, la République sociale italienne, dont le gouvernement est à Salo, État fantoche qui prétend reprendre la tradition socialiste, populaire et antimonarchique des débuts du fascisme. Devant l’avance alliée et l’action des maquis en haute Italie, il cherche à négocier avec les Américains, puis à gagner la Suisse. Arrêté par les partisans dans une colonne allemande en retraite, il est fusillé sans jugement avec sa maîtresse Clara Petacci, sur l’ordre du colonel Valerio (Walter Audisio), à Giulino di Mezzegra près de Dongo (lac de Côme, le 28 avril 1945).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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